Fishing Times Blog

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Séjour mouche dans le Grand Est

Pour cet article un peu particulier, j’ai décidé de laisser la main à Mathias, qui a eu la gentillesse de nous inviter, Jean, Hugo et moi à venir pêcher à la mouche tout un weekend sur la rivière de son enfance, il y a très exactement 1 an lors du weekend de Pâques. 

Cinq sessions réparties sur les trois jours du week end de pâques (samedi, dimanche et lundi matin) sur le parcours mouche de mon enfance : Tel était le programme que je proposais aux amis qui ont souhaités me suivre pour ce petit séjour dans une petite ville du Nord Est de la France, le berceau historique de ma famille.

David, Jean, Hugo et moi même formons donc une équipe hétérogène de moucheurs : Jean et moi même, moucheurs exclusifs quand il s’agit de truite, avons des niveaux comparables mais des spécialités différentes. David est plutôt leurriste mais moucheur confirmé tout de même, et Hugo n’a tout simplement jamais pratiqué à la mouche mais s’y intéresse grandement. Un point commun nous lie cependant : Celui de prendre du plaisir sur ce parcours qui m’a vu grandir et sur lequel je trouve un engouement tout particulier à amener les amis qui ont rejoint ma vie entretemps. Pour Hugo, il s’agira d’apprendre à maîtriser et faire ses premiers poissons, David lui se doit d’enrayer le mauvais sort qui l’avait poursuivi sur ce même parcours il y a 2 ans, tandis que Jean et moi même savons à peu près à quoi nous attendre.

Le parcours en lui même n’est pas très long : huit cent mètres tout au plus, ponctués cependant de quatre ponts, formant leurs fosses correspondantes et les pools qui s’en suivent. Un terrain de jeu certes restreint mais assez riche sur lequel les jours ne se ressemblent pas et où ces derniers peuvent rapidement défiler sans ressentir le besoin d’en sortir. La fario de souche est évidemment le graal mais la zone offre une diversité d’espèces intéressante à cibler jusqu’à former son “grand slam” : Truite fario, AEC, Ombre commun, Barbeau, Perche et Chevesne. Ce dernier est étonnamment l’espèce la plus difficile à prendre ici, pour preuve cette fois ci aucun de nous n’arrivera à en piquer un. il y a 2 ans j’étais le seul à avoir réussi, il ne s’agissait que d’un seul poisson et c’était par mon simple avantage de connaissance du parcours. Les défis ne manquent donc pas : Les barbeaux y sont très gros, mordeurs en nymphe et très puissants, les perches sont drôles à cibler à vue tout comme les arc en ciel en sèche, et l’ombre commun relativement abondant et mordeur permet de décompresser après quelques frustrations accumulées sur dame fario. Le niveau de méfiance des poissons est très élevé, la zone étant en parcours mouche et très fréquentée des locaux, ce qui doit être l’origine de cette espèce de “chevesne 2.0” ayant assimilé absolument toutes les ruses imaginables et que je n’ai jamais rencontré ailleurs qu’ici. Pour les truites et plus particulièrement les grosses, c’est encore une autre histoire. D’un niveau de méfiance évidemment maximal du fait de la pression de pêche, j’ai remarqué que les locaux qui les jugent quasi imprenables font preuve d’un biaisement certain qu’on pourrait catégoriser d’auto-complaisance ou d’illusion du savoir. Si bien que ces belles finissent régulièrement dans l’épuisette d’un touriste de passage qui ne savait pas que c’était “impossible” sur ce type de mouches ou cette présentation.

Après quelques traditionnelles fausses inquiétudes météorologiques à l’approche du séjour, nous voici donc en route depuis Nantes jusqu’à chez mes grands-parents dans la Meuse. Arrivés le vendredi soir très tard nous nous empressons de monter nos fagots respectifs dans la nuit, prêts à tomber dès la première heure le lendemain sur ce parcours si prometteur, situé à quelques pas du portail de la maison.

Le premier jour de pêche est autant surprenant qu’annonciateur. Hugo me suit sur la partie aval pour une formation express à la discipline et s’en sort à merveille. Mieux encore, il fait rapidement ses premiers poissons et s’approprie de lui même les techniques de pêches en nymphe casquée, assez peu maîtrisées des autres membres de l’équipe plutôt habitués de la nymphe à vue, sèche et streamer.

David réalise d’entrée un superbe coup de ligne qu’il se fera un plaisir de vous détailler ci-dessous.
A peine arrivés sur le premier pont, sans même avoir posé la première mouche, que nous repérons une première très belle fario, en train de nympher tranquillement le long du mur.

Mathias connaissant bien ce genre de poisson du parcours, préfère nous laisser la tenter et continue son chemin vers un spot plus en aval, tandis que Jean s’avance avec un petit pheasant tail pour tenter de leurrer ce qui pourrait être le premier trophée du séjour. Malgré plusieurs passages absolument parfaits de plusieurs de ses nymphes juste devant la gueule de la truite, rien ne l’intéresse ne serait-ce qu’un peu. Après plusieurs longues minutes de tentatives infructueuses, Jean décide de passer à autre chose et me cède la place.

Armé d’une petite imitation de gammare, je dois réaliser plusieurs tentatives avant de réaliser le bon posé pour une dérive correcte. Mon gammare tombe dans l’eau et je le perds de vue à cause du courant…mes yeux sont rivés sur la truite qui ne se décale pas mais laisse paraître un mouvement de mâchoires…je lance un ferrage dans le doute, et c’est piqué ! Elle part immédiatement vers le courant pour y donner quelques coups de tête, mais à ma grande surprise se rend et finit dans mon épuisette très rapidement. Je suis aux anges, c’est mon premier poisson en nymphe à vue, et par la même occasion ma première fario qui passe les 50cm à la mouche ! Bien qu’assez long, ce beau poisson est plutôt maigre, la séance photo est très rapide et le retour à l’eau l’est tout autant !

Je laisse de nouveau la main à Mathias pour la suite du récit.

Jean quant à lui reste fidèle à lui même et commence son carton d’ombres en sèche qui durera trois jours et où il atteindra un nombre de poissons pris assez ahurissant (une cinquantaine peut être ? impossible de compter). Armé de sa 6’6 #3 et d’une micro sèche maison, il ne laisse aucune chance à ces petits diables: Chaque poisson repéré voit passer l’émergente pile dans sa veine d’eau et finit tôt ou tard dans son épuisette dont je doute qu’elle ait vraiment eu le temps de sécher.

Quant à moi, je fais dans la diversité… moins efficace cependant. Arc en ciel en sèche sur des repérages pour le fun des combats musclés en soie de 3, quelques ombres pour agrémenter le tout et les traditionnels refus de fario. J’arrive à faire bouger autant de poissons que d’habitude, mais j’observe à l’évidence que je ne me suis pas du tout réajusté depuis les pêches exo de noël et les quelques sandres urbains qui ont suivis : Mes ferrages sont honteusement mauvais, beaucoup trop secs et surpuissants, je casse énormément de poissons pour ne pas dire la grande majorité et je n’arrive absolument pas à corriger le mouvement. Je me connais et je sais qu’il faudra faire avec…. un moucheur énervé n’est bon qu’à rentrer chez lui, alors je prends le recul nécessaire pour aborder la suite sans appréhension en sachant que je casserais régulièrement.

Le deuxième jour est de bien meilleure augure pour moi. Aux aurores, Jean et Hugo peignent un pool à remonter le courant pendant que David et moi zonons du haut des quais sur tout le parcours en quête de poissons à faire à vue. Nous arrivons à leur hauteur quand ils sont à mi parcours entre la fin du pool et le pont. Nous nous postons pour observer ce qu’il se passe près du pont et David repère une truite intéressante bien cachée dans la partie droite. Il faut se rendre à l’évidence, si la correction aurait voulu de laisser l’intégralité du pool jusqu’au pont à nos deux compères, ces derniers pêchent en sèche et aucun des deux n’aurait eu la possibilité d’attaquer ce poisson par notre angle situé sur l’arrière, du fait de la configuration même du spot qui d’ailleurs m’amène à douter de la possibilité de la voir depuis le lit de la rivière. De fait, mon nobbler part sur un lancer revers du haut des quais et atterrit 1 mètre en amont de la truite, qui le laisse passer au dessus de sa tête et se retourne au dernier moment pour un coffrage à vue sanctionné par un ferrage -pour une fois- bien dosé. Le combat est sensationnel: A califourchon sur une barrière, je tente de maîtriser le poisson qui a rejoint la fosse pour sonder à répétition en refusant de monter. Les coups de tête et les tentatives de rejoindre les obstacles sont ponctués de remous en surface qui annoncent un beau poisson. David saute en contrebas et épuise ce qui restera la plus belle truite que je n’ai jamais prise sur ce parcours, non la plus grosse mais de loin les plus belles couleurs. Je jubile en la voyant malgré une taille surestimée de notre part, avec une petite pensée pour nos compères pour qui j’espère autant de succès sur la journée.

Pour la suite de la journée, Jean toujours fidèle à lui même rallumera rapidement le feu de la vendetta sur les ombres, et ces derniers tombent comme des mouches. il les enchaîne à un rythme industriel en sèche vite rejoint par David que cette pêche intéresse, pendant que Hugo se régale de ses combats musclés dans les courants sur des AEC piquées en nymphe. Je me contente également de quelques ombres et quelques AEC en sèche, qui sont toujours un plaisir à batailler.

Juste avant la pause du midi, David frôle la réussite sur un coup de ligne fabuleux qui restera dans les annales au même endroit que sa précédente prise de 50cm . La vasque principale est un spot aussi évident que difficile, mais nous l’observons à chaque session comme l’endroit où tout peut se passer. Nous avions repéré une grosse truite sous la marche en début de séjour sans pouvoir l’apercevoir suffisamment longtemps pour réellement juger de sa grandeur. Cette fois, elle est bien visible et c’est un tour par tour qui démarre avec Jean qui se place et présente sa nymphe pendant 15 minutes sans résultat. Le poisson est gros, très gros, probablement plus de 65cm et nous ne sommes pas très étonnés de son absence de réaction, typique des doyennes du parcours.

Dans un soucis d’équité, nous laissons David essayer malgré la difficulté évidente et quelle ne fut pas notre surprise de voir le monstre s’emparer du gammare orange sur les premiers passages. Le poisson est piqué malgré un ferrage légèrement en retard et reste dans sa veine de courant quelques secondes avant de sonder en secouant la tête. Décrochée ! Nous saluons la performance tout de même avant de continuer notre pêche, mais c’est un peu plus tard en examinant le gammare de David que nous nous rendrons compte que l’hameçon est cassé… Une victoire à la hauteur de son âge et son statut de doyenne, qui lui permet d’esquiver ce qui n’aurait pas été sa première séance photo.

Le soir nous décidons de sortir du parcours mouche pour tenter un coup du soir sur des zones amont à l’extérieur de la ville, malgré les risques que je connais malheureusement. Et ces derniers se confirment bien, la quadruple bredouille qui nous frappe malgré les spots magnifiques sur lesquels je prenais des truites à l’adolescence est bien révélatrice des problèmes de braconnage aux filets et autres procédés illégaux qui touchent cette région.

Le dernier jour est traditionnellement celui du bouquet final. Nous n’avons qu’une matinée de pêche étant donné qu’il faut prendre la route l’après-midi, alors pas question de déroger à la règle du réveil matinal et le liège est déjà en paume dès l’aurore. David et Hugo ciblent une fosse précise au streamer et en nymphe casquée, la plus profonde du parcours, pour tenter d’en extirper le maximum d’AEC possible et s’assurer une série de jolis combats ce qui fonctionne plutôt bien. Jojo et moi faisons équipe en duo multitechnique ambulant dans le but de bouger et cibler tout ce qui passe : stratégie gagnante également ! ombres, AEC et perches à vue viennent rapidement garnir notre tableau.

Un séjour ainsi totalement réussi, avec son lot de succès et de déconvenues habituelles qui
font de la pêche ce sport aussi poignant qu’imprévisible. Chacun aura su remplir ses
objectifs et se distinguer à sa manière, faisant ressortir cette satisfaction toute particulière
pour moi d’emmener une équipe d’amis sur les courants de mon enfance.

(David)

Je remercie les gars pour ce super séjour rempli de très bons souvenir, et bien entendu Mathias et sa famille, pour l’accueil toujours aussi chaleureux au sein de la maison familiale !

J’en profite également pour te remercier pour toutes ces belles années de sessions au bord de l’eau, de conneries avec l’ami Jean, et de souvenirs impérissables ! Bon vent pour ta nouvelle vie à l’étranger !

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